
L’anorexie mentale et la boulimie sont deux affections présentant de nombreuses similitudes mais aussi des différences. L’anorexie restrictive se situerait à un pôle extrême de maîtrise, de contrôle par restriction alimentaire, tandis que la boulimie non purgative constituerait l’autre pôle marqué par l’incapacité à maintenir ces conduites de restrictions, constituant en quelque sorte un « lâcher prise ». Des formes intermédiaires existent : l’anorexie purgative, la boulimie purgative. 70 à 90% des anorexies débutant à l’adolescence évoluent vers la boulimie. Anorexie et boulimie sont actuellement considérées comme des conduites de dépendance au même titre que l’alcoolisme et les toxicomanies.
Des causes socio-culturelles, familiales, psychologiques, biologiques ou génétiques doivent être prises en considération. Derrière ces conduites, on observe souvent une pathologie du lien et de la dépendance à la mère qui renvoie aux premières phases des relations mère-enfant.
La prévalence de l’anorexie en population féminine adolescente est d’environ 0,1 à 0,5%, tandis que la prévalence de la boulimie est nettement plus élevée de 2 à 8%. Anorexie et boulimie débutent fréquemment entre 13 et 19 ans, la boulimie ayant un pic vers 18 ans, lorsque l’adolescente devient plus indépendante.
Le terme de boulimie, d’étymologie grecque, signifie faim de bœuf. Ce n’est que progressivement au cours du 20ème siècle que la boulimie en tant que syndrome et entité autonome parvient à se dégager des notions d’anorexie et d’obésité.
La maladie anorexique peut traduire une révolte contre une société de l’abondance, révolte manifestée par l’ascèse que s’imposent les patientes. En ce qui concerne la boulimie, peut-être davantage que pour l’anorexie, on peut parler de phénomène de société. La boulimie a explosé dans les années 1980. Sa fréquence est sous-estimée, puisque le trouble a peu de répercussion physique, au moins dans la forme classique : accès boulimique suivi de vomissement. Il semble que toutes les catégories socio-professionnelles soient concernées. Les cas masculins sont de plus en plus fréquents. Il semble que l’âge moyen d’apparition de la boulimie soit plus élevé, en tous cas ces jeunes femmes consultent plus tardivement que les anorexiques. La distinction anorexie-boulimie est, dans la pratique, parfois bien artificielle et l’on assiste à des passages successifs de l’une à l’autre. La boulimie renvoie à un sentiment de solitude et se rapproche davantage des conduites addictives. L’alternance boulimie –anorexie est dangereuse. En effet, la malade non seulement doit faire face aux effets de la sous-alimentation, mais en plus impose à son organisme les effets de la suralimentation, puis de l’évacuation par purgation ou vomissement. Le pire pour elle est la honte de s’être laissée aller. Son système d’auto-contrôle dérape et la malade risque d’aller vers la dépression ou le suicide.
Le besoin de s’empiffrer ne laisse sereine aucune boulimique. C’est une urgence, un impératif : soit il surgit soudainement, soit il est planifié à l’avance. C’est souvent le soir que ces moments interviennent, en cachette, ou quand la malade est seule. Les dépenses effectuées pour les achats de nourriture conduisent à des ennuis financiers allant jusqu’au vol d’aliments. Une fois passée l’excitation et la frénésie de l’épisode compulsif, la panique et la culpabilité envahissent la boulimique. Celle-ci se sent mauvaise, coupable, incapable de se maîtriser, dégoutante, laide, grosse. Elle se déteste pour son attitude. Alors elle se fait vomir ou s’administre des laxatifs ou s’arrête de manger. Son corps répond à cet impitoyable traitement par un désir de nourriture qu’elle tente d’ignorer jusqu’à ce que cela devienne impossible et qu’elle plonge à nouveau. La boulimique n’identifie pas la sensation de faim et le besoin de la satisfaire. Elle ne connait que la famine ou le banquet. Pour la boulimie et la compulsion, le processus de la crise s’inscrit dans le scénario suivant :
Une hypothèse est que les boulimiques expriment des besoins ou des appétits énormes uniquement pour les regretter ou les nier après, ceci s’observant dans le comportement alimentaire mais aussi dans la gestion du budget, dans l’opposition ordre-désordre, dans le comportement sexuel. Autant dans l’anorexie le corps est nié, autant dans la boulimie, le corps est envahissant. Il est vécu comme disgracieux, voire monstrueux.
Mais les boulimiques sont très attachés à « l’enveloppe », à ce qui se donne à voir aux autres et adoptent des attitudes séductrices. Le trait dominant chez la boulimique est la perte de l’estime de soi ; elle ne s’aime pas, se méprise. Un autre sentiment, c’est le « vide » qu’elle ressent en elle-même. C’est à la fois un vide corporel, le corps étant vécu comme un sac à remplir, mais aussi un vide moral et affectif. La boulimique est souvent confrontée à un sentiment de solitude qui engendre un état dépressif. Sa personnalité s’apparente à celles des alcooliques et des toxicomanes ; la boulimique est une véritable « toxicomane de la nourriture ». Mais la boulimique exprime aussi le désir de mordre, de dévorer avec une agressivité qu’elle retourne contre elle-même, ne pouvant avouer cette haine envers les autres. Enfin la boulimie isole de plus en plus la jeune fille angoissée à l’idée d’un repas chez des amis. Ceci la conduit à la dépression et à l’enfermement dans le cycle boulimie-vomissement- repli sur soi
L’hospitalisation des patientes boulimiques est exceptionnelle. Un suivi au long cours est préféré, compte tenu du caractère chronique et durable. Le suivi doit privilégier le soutien narcissique, le renforcement du moi, la restauration d’une bonne image corporelle pouvant faire appel aux techniques de relaxation. L’approche thérapeutique de la boulimie associe le traitement symptomatique à savoir la thérapie comportementale à la psychothérapie individuelle. Cette dernière prise en charge est compliquée par la difficulté qu’éprouvent ces patientes à s’impliquer dans une relation duelle empreinte de sentiment de dépendance. Elles oscillent en permanence entre une extrême sensibilité à toute déception et une intolérance à tout investissement transférentiel. Une aide en groupe permet souvent cet aspect de transfert trop massif et trop inquiétant.
Les entretiens avec les parents ou la thérapie familiale sont un bon complément. La prescription d’antidépresseurs peut aider à casser l’emballement des crises ou lors d’épisodes dépressifs. Dans la boulimie, une des premières fonctions de la psychothérapie est d’offrir une relation dans laquelle ces patientes puissent se laisser aller à être maternées. La difficulté qu’elles éprouvent à accepter cela est précisément la raison pour laquelle la psychothérapie des boulimiques est souvent caractérisée par des « à coups » : cette peur d’être aidée est en fait la peur de revivre des expériences traumatisantes Une relation thérapeutique satisfaisante n’est en général possible qu’une fois dépassée cette période initiale dominée par les fluctuations et les attaques du cadre de vie.
L’association AFAB (Association de Familles d’Anorexiques et Boulimique) à St Etienne propose :
Tél : 06 84 78 13 84